mardi 2 avril 2013

Les Petits Meurtres d’Agatha Christie

Je n’avais pas vu la saison précédente située dans les années 40 avec Antoine Duléry et Marius Colucci dans les rôles respectifs de Jean Larosière et Emile Lampion. Les retours critiques étaient pourtant excellents et les quelques articles lus mentionnaient une belle reconstitution historique et des personnages attachants et très bien interprétés. Accessoirement j’ai toujours eu du mal avec Duléry et plus généralement, avec les séries françaises.
Je suis plutôt curieux de nature et ai eu l’occasion de regarder bon nombre d’épisodes de la veine “justice” qui pullulent sur nos écrans pour me forger mon opinion (Boulevard du Palais, Avocat et associés, etc.), mais les Petits Meurtres, je les avais loupé par manque de motivation et déjà, par manque de temps.
Je me suis donc rattrapé en regardant le 1er épisode de la nouvelle saison, constituée d’un nouveau duo où la parité est cette fois respectée : le commissaire Swan Lawrence et la journaliste Alice Avril, respectivement interprétés par Samuel Labarthe et Blandine Bellavoir


J’aime bien Labarthe même si je ne le connais que très peu. Il était vraiment très bien dans le rôle de de Villepin dans La Conquête et il a surtout une voix formidable (Pensez à Clooney ou Neeson qu’il a l'habitude de doubler), une articulation et un phrasé spécifique dont on sent les origines théâtrales, et ce dans le bon sens du terme.  Qualités que l’on retrouve également chez le formidable Guillaume de Tonquédec interprète du père de la famille Lepic dans la série Fais pas ci fais pas ça également sur France 2. 
II est amusant de noter que tous deux ont joué dans Deux jours à tuer de Jean Becker en 2008, tiré du roman de François d'Epenoux.
Présence également de la formidable Catherine Mouchet. Sa personnalité et son jeu atypiques ne sont malheureusement pas exploités, elle semble rester en surface, quelque peu détachée malgré son implication dans la trame...
 Bref, venons-en au fait : je me suis ennuyé devant cet épisode inutilement étiré en longueur.
Mais pourquoi ne pas faire un 52 plutôt que de nous assommer durant 90 mn soporifiques ? En resserrant cet épisode on aurait ainsi eu une attention plus soutenue, l’économie de temps, aussi paradoxal que cela puisse sembler, aurait permis de planter les personnages dans leurs actes et leur vivacité d'esprit et non dans des parlottes interminables en champs contre champs. Car bon sang que c'était statique !
Pourtant nous avons un personnage principal présenté comme quelqu’un d’instinctif, plutôt intelligent, rapide à la détente, et qui semble toujours avoir un coup d'avance.
De nombreux impératifs rentrent en ligne de compte pour justifier cette réalisation plan plan, qu'ils soient financiers ou pour des raisons de planning (l’un n’allant pas sans l’autre généralement), mais quand même... Introduire une scène avec un léger mouvement, que ce soit un travelling ou même un simple panoramique dynamise quand même un peu plus les choses. Resserrer les dialogues par un montage plus incisif entre les répliques, quitte à les faire se chevaucher, que sais-je encore... mais dynamiser!
Et pourquoi enchaîner les plans sans intérêt ce qui prend du temps au tournage, plutôt que d'envisager un plan séquence dont la chorégraphie, les déplacements des personnages, et les différentes valeurs de plans, créeraient ainsi le rythme ? Et je ne parle pas d'un plan séquence de 8 minutes à la de Palma qui demande une organisation phénoménale.
Si je prends l’exemple de l’arrivée de la journaliste au château, devenu centre d ‘accueil, nous avons droit à 3 plans fixes (général, resserré dos, resserré profil) + un insert sur la plaque pour bien nous faire comprendre, lecture à l'appuie, où elle se trouve. 3 plans de trop... 
 Il est toujours plus facile d’être critique dans son fauteuil d’un travail qui a certainement représenté l’investissement de chacun des participants, j’en conviens. Mais néanmoins, à mes yeux, tout cela fait ressortir le manque de “point de vue” que l’on ne trouve généralement pas dans les séries françaises, à l'instar des séries américaines. Pour être clair, les choix de mise en scène définis dans The Shield (y compris dans le choix du super16 mm) m’apparaissent avoir autant d’importance que le travail sur la psychologie des personnages.
Ici, dans ces Petits Meurtres, nous n’avons qu’une illustration définie par un univers graphique spécifique, les costumes et la décoration d’époque étant plutôt bien exploités. Mais rien finalement dans la mise en scène qui ne soit en corrélation avec un personnage qui se veut plutôt vif d’esprit, tout étant hautain et trop sûr de lui.
Ce qui est vraiment dommage car l’image est magnifique. 
L’éclairage, comme toute série française, reste malgré tout bien trop surexposé dans l’ensemble. La profondeur de champs n’est absolument pas utilisée à des fins dramatiques malheureusement. Choix de mise en scène regrettable. Mais choix pour une approche globale, qui peut-être reprise par n’importe quel réalisateur finalement. Dès le 1er épisode aucune patte ou charte n’est établi pour définir un certain style (au delà de la direction artistique)
Cela me rappelle une interview d’un directeur de chaîne qui expliquait que oui ses téléfilms et séries se ressemblaient tous, leurs images étaient clinquantes et sans profondeur, car les téléspectateurs vont et viennent devant leurs postes et il leur faut tout voir de près comme de loin, assis dans leur canapé ou débarrassant la table du dîner. Je n’ai pas vraiment le sentiment que cette approche ait changé.
 Contrairement à ce que j’ai pu lire je pense moins à Mad Men qu’à OSS 117en regardant ces Petits Meurtres. L’humour en moins. Ou alors involontaire.



PS Vincent Londez est l’interprète du personnage de Léonard Jeandel, l'un des patients de ce centre, au look improbable et au destin funeste. Un acteur que l’on a déjà aperçu dans des séries comme RIS, Boulevard du Palais ou encore Sur le Fil et Les Bleus... Il forme un formidable duo avec Gilles Guerraz et le travail de Vincent n’a jamais été aussi bien révélé qu’à travers leur collaboration. 
LAPSE , le dernier en date tourne en festival à travers le monde et a déjà remporté de nombreux prix. 

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