mercredi 27 mars 2013

La Malédiction de la Statuette

Été 1984...Adolescents nous abordons les vacances scolaires sous l'angle de la glande et de parties de foot sans enthousiasme pendant les deux mois à venir. Seule perspective de changement : la rentrée. Ayant récupéré une caméra Super 8 laissée par mon père lors de l’un de ses passages, je soumis l'idée de tourner un film, un vrai, de quoi nous occuper une bonne partie de l’été.
A cette époque, le matériel vidéo était inabordable et peu concluant, seul le support film avait encore cette possibilité de nous permettre de nous “exprimer”. Il suffisait de détourner son principe premier d’appareil photo amélioré (Fais coucou à la caméra!) pour faire de cette Bauer S108 un véritable outil de créativité. J’achetais donc des Kodachrome 40 sur lesquelles les deux pistes son nous permettaient également d’envisager, en plus de la captation des voix, le rajout d’une musique additionnelle.


Les premières réactions ne se firent pas attendre et chacun y alla de sa bonne idée...Tout a été envisagé, du plus simple au plus compliqué, mais, curieusement, rien qui ne tourne autour d’un drame familiale ou d’une relation amoureuse perturbée avec horloge normande en fond sonore.
Après d'âpres discussions nous nous accordâmes finalement pour un film d'aventure dans la droite ligne des AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE. Grande ambition pour petits moyens mais cela restait à notre portée.
A ce stade pas de scénario mais une continuité plus ou moins élaborée en fonction des désirs de chacun... Désirs qu'il fallut combler au fur et à mesure des aléas de cette petite production. Stéphane Vail choisit le rôle de l'intrépide baroudeur grande gueule, qui lui correspondait parfaitement. Mon frère aîné Marc, fidèle à son habitude choisit le rôle le plus court pour ensuite s'intéresser à la caméra et me piquer mon job. Ainsi fut fait (il était plus grand et plus fort) et il interpréta la première victime. Éric Basset, sportif accompli, endossa logiquement le rôle principal, ce qui finalement arrangea tout le monde. Quant à moi, je devins le bad guy, l'homme possédé par la  statuette et qui élimine un par un les membres de l'expédition.

Affiche par Marc E. Clément 
Mais laissez-moi vous résumer l’histoire : tout commence par l'assassinat d'un archéologue par une bande de bras cassés pour s'emparer d’une carte censée indiquer l’emplacement d’un trésor en Amazonie (sic!). Aussitôt rendus sur place ils font l’amère constatation que le trésor est en fait une simple statuette ornée d’un bracelet de peu de valeur. L'un des membres de l'expédition passe le bracelet à son poignet et se retrouve possédé par l’esprit de l’idole. Bien malgré lui, manipulé, il se retourne violemment contre ses acolytes pour les empêcher de quitter la jungle. Débute alors un jeu de chats et de souris pour la survie de chacun...

En fait de jungle Amazonienne, nous avons tourné dans les douves de l'ancien château de notre village. Douves rénovées depuis mais qui à l'époque étaient un fouillis de branchages et de lierres enchevêtrés, dans lesquels se distinguaient encore quelques restes du château que nous recyclâmes comme ancien temple voué au culte de la statuette. Quelques torches bien placées sous une arche et le tour était joué.
Le tournage s’effectua non sans mal et le désengagement de l’un des protagonistes nous obligea à retourner l’intégralité de certaines scènes. Ce qui nous troua les poches car les 3 minutes de film des cartouches Kodak n’étaient pas données. Aussi nous fallait-il tourner au plus juste, 2 prises maximum et si la première était la bonne, on s’en contentait.

Notre intérêt reposait essentiellement sur les scènes de meurtre et Stéphane ne se fit pas prier pour envisager les cascades les plus folles et les plus irresponsables. Pour exemple je prendrai la scène au cours de laquelle il est censé prendre feu. Nous n'avions rien trouvé de mieux (à sa demande) que de l'asperger de white spirit et d'allumer. Par mesure de précaution nous avions emprunté un extincteur de voiture qui, à notre grande surprise, ne pouvait servir qu'une seule et unique fois. Stéphane s'embrasa (bien modestement fort heureusement), et nous éteignîmes les flammes avec l'extincteur qui ne put s'arrêter et se vida entièrement. Stéphane ne mourut pas carbonisé mais faillit s'étouffer avec la poudre. Petit à petit celle-ci s'étendit sur tout le périmètre et blanchit toute la flore et nous avec...Tout le monde se retrouva pris d'une quinte de toux épouvantable. Pour éviter les remontrances, nous remîmes l'extincteur en place sans piper mot de quoi que ce soit, en espérant que nul n'aurait jamais besoin de l'utiliser un jour.

Cette scène lamentable marqua la fin du tournage estival de LA MALÉDICTION DE LA STATUETTE. La rentrée des classes interrompit le film, et nous n'eûmes plus jamais l'occasion d'y revenir par manque de temps, de disponibilité et de motivation.
Reste un montage de près de 12 minutes, mixé et sonorisé, dont les scènes ratées mises bout à bout à la fin du métrage ont généralement plus de succès que le film lui-même.




Voici la 1ère partie, version “édition spéciale remasteurisée”. Étonnant de découvrir ce film pour la première fois sans le ronronnement du projecteur. Le report a été fait par le biais d’un caméscope pointé sur l’écran de projection, le son étant directement repiqué sur un ordinateur portable dans le même temps. Puis les deux ont été calé dans un logiciel de montage. Les musiques utilisées à l’époque ont été reprises en qualité digitale. Les points de montage ont été affinés (le temps ayant fait son œuvre sur les collures), l’étalonnage a été refait et des ambiances sonores ont été ajoutées pour donner un peu de relief. Transitions et générique en plus pour dynamiser encore un peu l’ensemble.

La deuxième et dernière partie est en cours de “rénovation” et sera bientôt disponible dans un prochain post. Je reviendrai dans le même temps sur la post-production de l’époque (doublage en roue libre et vinyles pour l’illustration sonore) ainsi que sur les scènes ratées et quelques anecdotes.

A suivre donc.

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