mercredi 3 avril 2013

Insensibles


“ A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au cœur des Pyrénées. De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie.Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.”

Est-ce le fait d’ingurgiter et de ressortir à travers leurs œuvres, consciemment ou non, une partie de leur Histoire, qui rend les films de genre espagnol meilleurs que nos tentatives hexagonales ?
  J’ai en tout cas le sentiment que nos réalisateurs, dans ce style précis de cinéma, s’appuient plus sur les révérences qu’ils font à leurs références, que sur une véritable inspiration issue de leur patrimoine historique. Seul récemment Christophe Gans à ma connaissance, a su revenir sur une période de l’histoire de France sous couvert néanmoins d’un enrobage plutôt foutraque et pluri-référentielle, allant des arts martiaux, aux jeux vidéo en passant par les hommages trop appuyés aux réalisateurs qu’il chérie. Mais il est vrai qu'il avait les moyens de se faire plaisir. Notre cinéma de genre bien français, que je juge donc trop référentiel (à quelques rares exceptions près et sur lesquelles je reviendrai ultérieurement), a cependant d’autres atouts qu’il faut par contre aller chercher en fouillant un peu.
Le film de Juan Carlos Medina, amène ainsi logiquement à penser à Guillermo del Toro. Une partie de son contexte fait directement référence à la guerre civile espagnole, tout comme l’avait fait del Toro pour Le Labyrinthe de Pan et l’Échine du Diable. Mais ce mexicain (oui, del Toro est mexicain) a su s’appuyer sur ce pan de l'histoire espagnole pour en tirer deux œuvres originales et bouleversantes. Et ici les fameuses révérences/références, ne viennent pas polluer le récit au détriment de l'histoire et de l'Histoire.

Medina lui est espagnol, et même si une majeure partie de son apprentissage s’est effectuée en nos contrées, et bien qu’Insensibles ait été en partie produit par une société française (celle de François Cognard, un ancien de Starfix tout comme Gans), il n’a pas oublié pour autant ses racines, les histoires racontées par les anciens, ou plus directement les drames vécus par ses proches. Il en a même fait de véritables atouts pour sa narration. Pas une simple toile de fond.
Le budget est de 4 millions d’euros. Autrement dit rien pour un sujet abordant plusieurs personnages à différentes époques, rempli d’enfants et d’effets spéciaux... Tourné avec une Arri Alexa dans un format scope 2.35 l’image est superbe, la photo devant faire l’aller-retour entre une réalité éclairée sous un nouveau jour, et un passé noyé sous les ténèbres. Sa réalisation est fluide, et réellement immersive (l'accident de voiture*, la cellule 17..) et alterne les plans amples aux mouvements ambitieux, avec des cadres ingénieusement construits et posés (Berkano).
 Une vraie patte, pas une illustration, un vrai point de vue à chaque fois. Réfléchi.


Il en résulte une œuvre au concept vraiment original dont la réalisation fait preuve d’une grande maîtrise pour un premier film, ce qui n’est pas la moindre des choses. Dès l’ouverture, très violente, nous sommes convaincus que l’insensibilité à la douleur n’est pas un “pouvoir plutôt cool ». Et en cela nous sommes loin des canons actuels qui magnifient ces différences génétiques par le biais de jolis costumes, de scènes délirantes de gigantisme et de musiques tonitruantes. Non, ici nous restons littéralement confinés entre 4 murs avec une particularité physique qui va devenir une véritable malédiction pour tous ces enfants.
Et plus particulièrement pour l’un d’entre eux, qui va apprendre à “utiliser” son pouvoir pour permettre aux Phalangistes de mieux servir leur idéologie nauséabonde. A en perdre tout sentiment d’empathie. Toute humanité.
Bien que le récit implique des allers retours dans le temps, nous suivons sans mal la quête de ce neurochirurgien pour retrouver ses racines afin de rester en vie.
Une quête pourtant chargée, entre accident de voiture, cancer, suicides, révélations, tortures, morts … Assez délicat à traiter sans sombrer dans l’extrême pathos, mais ingénieusement abordés et agencés par le scénario et la mise en scène.



 Dans une interview, Medina se dit s’être inspiré du film d’Elem Klimov, Va et Regarde connu chez nous sous le titre Requiem pour un massacre. Un film extraordinaire où l’utilisation de la steadycam est éblouissante. Un film d’une dureté incroyable sur les massacres commis en Ukraine par les Einsatzgruppen de l’armée allemande, vu par les yeux d’un adolescent.


J’avais vu ce film en VHS à l’époque dans une collection de chez “CHOC : la vidéo sans limites ». Drôle  de malaise au moment de sa location dans l’espace vidéo-club de la droguerie de mon village. Une pépite dont j’avais trouvé mention au cours de mes lectures du magazine Starfix.

Starfix, Gans, Cognard, Medina, Klimov, Starfix... La boucle est bouclée.

* L’accident de voiture comme déclencheur, est d’ailleurs très présent dans les films de genre : Insensibles donc, mais aussi Calme Blanc, The Descent, A l’intérieur...

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